Peut-être qu'un soir d'été on est passé devant un parquet posé sur une promenade au bord du lac, trente personnes en train de danser sur un disque de Count Basie pendant que les joggeurs ralentissaient pour regarder. Peut-être qu'un ami nous a traîné à une soirée et qu'on a passé la nuit au bord de la piste, à battre la mesure du pied sans oser se lancer. Dans les deux cas, on est rentré avec la même idée en tête : j'aimerais bien savoir faire ça.

Bonne nouvelle. Le Lindy Hop est une danse particulièrement facile à découvrir sans expérience préalable, et la Suisse romande a beaucoup plus de portes d'entrée qu'on ne le croit. Pas besoin de partenaire, pas besoin de tenue vintage, et il y a de fortes chances qu'on n'ait rien à payer pour essayer. Voici comment faire le premier pas à Genève, Lausanne ou Fribourg, et à quoi ressemblent les premières semaines.

Commencer par une initiation, pas par un cours

La meilleure porte d'entrée en Romandie, ce n'est pas un cours régulier. C'est la petite leçon pour débutants qui précède un social. Beaucoup de soirées swing régulières de la région commencent par là : un prof réunit les nouveaux, montre le pas de base et une passe ou deux, puis la musique démarre et la salle se remplit de gens qui dansent depuis des années. On reste, on essaie, on s'en sort. C'est tout le programme du premier soir.

Deux danseurs en pleine passe dans une salle, en jean et t-shirt, des guirlandes lumineuses le long du mur du fond
L'initiation se termine, la musique démarre, et c'est pour ça qu'on est resté.
Photo : Levi Williams sur Unsplash.

Ça marche parce que ça enlève toutes les excuses d'un coup. Il n'y a rien à réserver, donc personne ne nous attend la semaine suivante. C'est en général compris dans le prix de la soirée, et parfois la soirée elle-même est gratuite. On arrive seul et ça n'a aucune importance, parce que les débutants sont mis en cercle et changent de partenaire toutes les quelques minutes. Et on voit tout de suite à quoi ressemble la danse quand elle est bien faite, ce qui vaut mieux que n'importe quelle vidéo.

Le conseil honnête, donc : aller à une de ces soirées avant de s'engager dans quoi que ce soit. Et lire la suite après.

Genève : c'est le mardi

À Genève, la réponse à « quand est-ce que je viens ? » est presque toujours le mardi. Le social hebdomadaire du mardi soir est la colonne vertébrale de la scène locale, porté par Geneva Swing et La Chaloupe à Vapeur, et il suit les saisons : dehors au Parc de la Perle du Lac quand il fait beau, à l'abri aux Halles de l'Île, sur le petit îlot au milieu du Rhône, quand la météo tourne. Une chose à savoir avant de planifier sa première soirée : l'initiation pour débutants n'existe que dans la version de la Perle du Lac. La version d'hiver aux Halles, c'est le social seul, sans leçon en ouverture. Donc si on préfère qu'on nous apprenne quelque chose en arrivant plutôt que d'être lâché dans le bain, il vaut mieux viser les mois en plein air.

C'est la version estivale au bord de l'eau qui fait basculer les gens. Difficile d'avoir honte d'un pas raté quand la lumière vire à l'or sur le lac et que la moitié des présents sont des passants arrivés dix minutes plus tôt, qui n'ont jamais dansé non plus.

Pour quelque chose de plus cadré, Genève compte trois écoles à connaître. Geneva Swing enseigne tous les niveaux et organise les socials et les stages débutants qui vont avec, ce qui en fait l'une des options les plus naturelles pour commencer. Backbeat donne aussi des cours de danses swing en ville. Et le BeYou Dance Studio, à Thônex juste à l'est de la ville, propose des stages de Lindy Hop pensés pour les débutants.

L'été, l'offre déborde dehors. La Canopée, sur le quai Gustave Ador à deux pas de Baby Plage, accueille des initiations swing et Charleston solo sur le quai, et des cours pour débutants apparaissent aussi dans les communes, de Carouge à Thônex. À Genève, le réflexe pratique : ouvrir l'agenda de Genève et chercher tout ce qui porte le mot initiation. Les lieux, horaires et leçons pouvant varier selon la saison, mieux vaut y vérifier la prochaine date avant de se déplacer.

Lausanne : Teatime, les jeudis et le Flon

La scène lausannoise s'organise autour de Swingtime Lausanne, installé à la Rue de Genève. Ils donnent des cours toute l'année et animent les deux rendez-vous réguliers qu'un débutant doit avoir en tête : Teatime, un social jazz, et les jeudis plus tranquilles au studio, une salle plus douce pour y faire ses premières erreurs. Ils enseignent aussi le solo jazz, bon à savoir si c'est justement l'idée de tenir la main d'un inconnu la première semaine qui fait peur. Les cours de solo permettent de travailler le rythme, la musicalité et le jeu de jambes, sans partenaire.

Le Lindy Hop n'est pas la seule danse swing au programme là-bas. Le Balboa a son créneau à côté du Teatime, même si beaucoup de danseurs le découvrent après avoir commencé par le Lindy Hop.

L'été est la meilleure saison pour un premier essai à Lausanne. SwingOut'side prend possession de l'Esplanade du Flon avec un social en plein air et une initiation en ouverture, et Jazz in the Park programme une initiation au Lindy Hop à la Cantine de Sauvabelin, entre les big bands et les jam sessions. Danser sur un groupe live dans un parc avec vingt autres débutants, c'est un démarrage très indulgent. Pour une deuxième option en ville, Valentin Meier enseigne aussi le Lindy Hop à Lausanne.

Une chose à garder en tête : les danseurs lausannois ne restent pas à Lausanne. Swingtime programme aussi des soirées sur la Riviera, notamment à la Cour de l'Avenir à Vevey, et le train donne l'impression que tout le bord du lac ne fait qu'une seule scène. On regarde l'agenda de Lausanne et on considère comme local tout ce qui est à moins d'une demi-heure de train.

Fribourg : une leçon gratuite au port, l'été

Fribourg est la plus petite des trois scènes, et pour un débutant c'est plutôt un avantage qu'un problème. Les deux associations locales, Swing By et Swing Affaires, proposent une initiation gratuite au Lindy Hop suivie d'un social au Port de Fribourg, au bord de l'eau. En plein air, la leçon comprise, et rien à payer : l'été, c'est sincèrement l'une des façons les plus simples de découvrir le Lindy Hop en Suisse romande. Comme les mardis genevois au bord du lac, le port ne fonctionne toutefois qu'à la belle saison : en dehors de ces mois, mieux vaut regarder ce que les deux associations proposent en salle.

Sur une scène de cette taille, tout le monde remarque une nouvelle tête, ce qui a l'air intimidant et se révèle être exactement le contraire. Personne n'est anonyme, donc personne ne reste planté contre le mur pendant une heure. La contrepartie, c'est qu'il y a moins de dates, et que le calendrier dépend davantage de la saison : mieux vaut surveiller l'agenda de Fribourg que de supposer qu'il y a quelque chose ce soir.

Initiation ou cours régulier : que choisir et quand ?

Une fois qu'on a fait une initiation ou deux, la vraie question arrive. Les deux formules existent partout en Romandie et ne font pas le même travail.

Une initiation à la carte enseigne toujours le début. C'est sa force et son plafond. On peut en faire cinq et refaire le même pas de base à chaque fois, parce que chacune est conçue pour ceux qui sont entrés ce soir-là. Parfait pour tester si on aime. Inutile pour progresser.

Un cours régulier met les mêmes personnes dans la même salle pendant plusieurs semaines, et ça se construit. La semaine trois suppose la semaine deux. C'est là que la danse commence à devenir naturelle, au lieu de ressembler à une succession de consignes, et ça vient avec un effet secondaire dont aucune brochure ne parle : on se retrouve avec un groupe d'amis qui apprennent à la même vitesse. La moitié des gens qui font du Lindy Hop depuis des années sont restés pour la bande, pas pour la chorégraphie.

La bonne séquence est ennuyeuse et elle fonctionne. Deux ou trois initiations pour vérifier que ça plaît, puis l'inscription à un cours débutant dans l'école la plus simple à rejoindre un soir de semaine. À ce stade, la proximité compte plus que la réputation. La meilleure école est celle où on ira encore en novembre.

Les trois choses qui inquiètent tout le monde

Faut-il un partenaire ? Non, on peut venir seul. Les cours et les socials font tourner les partenaires par principe, et arriver seul est si banal que personne ne le relèvera. En couple, ça marche aussi, mais on progressera plus vite tous les deux en dansant avec d'autres.

Comment s'habiller ? Comme pour aller dans un bar, avec des chaussures plates à semelle lisse pour pouvoir pivoter sans que le pied colle. Les baskets à semelle très accrocheuse sont la seule vraie erreur. Personne n'attend de tenue vintage. Les gens en costume des années 1940 s'amusent, ils n'imposent pas une règle.

Suis-je trop vieux, trop raide, trop peu coordonné ? Le principe de départ est simple : marcher en suivant un rythme. Dans les salles de Lindy Hop de Romandie, il y a des étudiants comme des personnes ayant largement dépassé la soixantaine, et ceux qui ont l'air de ne faire aucun effort sont surtout ceux qui ont continué à venir. Et le rythme n'est pas un prérequis, c'est précisément ce qu'on vient apprendre : compter, entendre le temps, tomber dessus. Ça se travaille comme le reste, et personne n'arrive en sachant déjà le faire.

Ce que les premières semaines font vraiment

Soyons honnêtes sur la courbe, parce que la réalité est plus encourageante que le discours commercial.

Le premier soir, on aura le pas de base et on le perdra dès que la musique démarre. C'est normal. Après quelques cours, on commence généralement à tenir une danse simple du début à la fin sans paniquer, et c'est le moment où la plupart des gens tombent amoureux : ça cesse d'être un devoir pour devenir une conversation. Après un cycle complet de cours, on peut aller dans n'importe quel social de Romandie et danser une bonne partie de la soirée.

Après quelques mois, il est fréquent d'avoir l'impression de stagner. Beaucoup de danseurs passent par là. On en sait assez pour entendre ce que font les bons danseurs, et pas assez pour le faire. Ce n'est pas un plateau dans les capacités, c'est l'oreille qui avance plus vite que les jambes. Continuer à suivre les cours, écouter la musique et aller danser permet généralement de dépasser progressivement cette impression.

S'entraîner entre deux cours

Ce qui accélère vraiment les progrès, ce n'est pas seulement de suivre des cours, c'est aussi de passer du temps avec la musique. En apprenant à entendre où les phrases musicales commencent et se terminent, on finit par arrêter de compter à voix haute. On met un disque de swing en cuisinant et on fait le pas de base entre le frigo et la table, mal, sans témoin. Les pas de solo jazz sont parfaits pour ça : ni partenaire, ni place nécessaire.

Il faut de quoi s'entraîner, et le site est là pour ça. Le générateur de playlists permet notamment de commencer avec des morceaux plus lents, qui laissent le temps de réfléchir, puis de faire monter le tempo petit à petit. C'est aussi ce qui sauve la soirée quand on se retrouve à organiser une fête sans DJ, mais ça, c'est un autre article.

Trouver sa première soirée

Le véritable obstacle pour débuter le swing en Romandie n'est ni la difficulté ni le prix. C'est l'information. Une initiation gratuite s'annonce dans un groupe WhatsApp, un cours débutant s'ouvre sur le site d'une école, un social en plein air apparaît dans la story Instagram de quelqu'un, et si on ne connaît pas déjà la scène, on n'en entend jamais parler. C'est exactement le trou que l'agenda SwingPlaylist essaie de combler : les événements swing autour de Genève, Lausanne et Fribourg réunis sur une seule page, tenue à jour par la communauté.

Vue de dessus d'une trentaine de couples dansant le swing sur une place pavée, de nuit, avec de longues ombres sur les dalles
Une piste pleine un soir d'été. C'est exactement ce qu'on cherchait en commençant à fouiller.
Photo : Ardian Lumi sur Unsplash.

Voilà donc tout le plan, en un paragraphe. On ouvre l'agenda de sa ville, on cherche la prochaine date avec le mot initiation, on la met dans son calendrier, et on y va en chaussures plates, seul ou accompagné. C'est tout. Rien d'autre ne se décide ce soir, et dans trois semaines, on sera la personne sur la piste que quelqu'un d'autre regarde depuis le bord de la salle.